Biais cognitifs : les comprendre, les accepter… et même les utiliser !

Biais cognitifs : les comprendre, les accepter… et même les utiliser !

Le cerveau humain est un outil fantastique, mais aussi un continent encore mal connu. Ce qu’on sait pourtant déjà, c’est qu’aussi puissant et sophistiqué soit-il, notre cerveau est une machine sujette aux erreurs de jugement. Riadh Lebib – Docteur en Neurosciences et Consultant-chercheur au sein de la société SBT – nous parle ainsi des biais cognitifs… mais aussi de l’usage intelligent que nous pouvons apprendre à en faire aujourd’hui et demain.

Vous avez dit biais cognitifs ?

Pour Riadh Lebib, les biais sont dans notre nature depuis toujours. D’abord parce que le cerveau biologique de l’homme moderne n’est pas structurellement différent de celui de nos grands ancêtres chasseurs-cueilleurs, programmé à l’origine pour l’action immédiate, la réaction et l’adaptation, plus que pour la réflexion dans un univers saturé d’informations. Ensuite parce que le cerveau humain est une machine à trier, associer, généraliser … donc aussi à privilégier, exclure, minorer (voir encadré ci-dessous). Et comme nous vivons dans un monde beaucoup plus complexe qu’auparavant, saturé de beaucoup plus de possibilités et d’informations, nos biais cognitifs en sont naturellement exacerbés…

« Les biais cognitifs reflètent la nature même du fonctionnement de notre cerveau. »

 

Et si on jouait de nos biais ?

Mais rien ne sert de s’en désoler !  Travailler avec nos biais – plutôt que contre, sans ou en feignant de les ignorer- peut être en effet une voie de travail très importante pour demain. Ce que Riadh Lebib appelle le « judo des neurosciences », ou comment utiliser les voies de notre cerveau et la force de nos biais pour nous conduire, chacun et ensemble, à des comportements d’autant plus responsables et plus vertueux. C’est tout l’objet de la recherche sur les « nudges », ces incitateurs non-obligatoires qui s’appuient sur la prédictibilité de nos biais pour orienter passivement nos choix vers les options plus « raisonnées ». Un exemple parmi des milliers d’autres : l’option par défaut. Ou comment utiliser la paresse naturelle (l’indécision, l’absence de choix clair) de l’utilisateur pour lui permettre de faire un meilleur choix, pour lui ou pour tous. Par exemple en choisissant l’option recto-verso de l’imprimante, plus économique et plus écologique, ou demain en lui permettant un don d’organes par défaut.

« La théorie du Nudge est un concept des sciences du comportement, de la théorie politique et d’économie, qui fait valoir que des suggestions indirectes peuvent, sans forcer, influencer les motivations, les incitations et la prise de décision des groupes et des individus, au moins de manière aussi efficace sinon plus efficacement que l’instruction directe, la législation, ou l’exécution. » « Nudge est un terme anglais qui signifie « coup de pouce ». Il s’agit de pousser doucement dans la bonne direction. […] C’est une voie intermédiaire cherchant à orienter les individus vers leur bien en termes d’écologie, de santé et d’éducation, tout en essayant de limiter les contraintes et les interdictions gouvernementales auxquelles les nudges viennent se substituer. » (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nudge_(livre))

Plus de conscience, plus de jeu… plus de possibilités !

Plus nous serons ainsi conscients collectivement de nos biais, plus nous pourrons en atténuer les effets bien sûr en mettant en place une architecture des choix réfléchie en amont. Mais – surtout- plus nous pourrons également nous en servir à des fins utiles et positives, profitant en parallèle des avancées technologiques les plus récentes. On peut ainsi d’ores et déjà envisager des « nudges » intelligents de seconde génération, d’autant plus conformes à l’ergonomie du fonctionnement cérébral. A ce titre, Riadh Lebib cite l’application Litterati pour illustrer son propos. Elle permet de prendre en photo, n’importe où dans le monde, les déchets que vous trouvez jetés dans la nature ou dans la rue. Les photos sont géotaguées et datées. Ces témoignages créent ainsi des class actions virtuelles… qui incitent les grandes marques au ramassage et au traitement de ces déchets ! Mieux encore, on voit apparaître les premiers « robots nudgeurs », pour les personnes âgées ou celles atteintes de handicap. Mais demain des robots nudgeurs pourraient également nous aider à rester en bonne santé, à faire des choix alimentaires sains, à pratiquer les activités physiques nécessaires. Tandis que d’autres pourraient aider parents et enseignants dans l’éducation des enfants afin de les rendre plus créatifs et plus responsables, dans un monde où la complexité ne cesse de croître. Et d’autres encore pourraient nous aider à épargner davantage en dépensant mieux… les possibilités sont multiples. Il ne s‘agirait alors plus d’Intelligence Artificielle mais d’Intelligence Etendue (un concept introduit par Joi Ito, Directeur du Media Lab au MIT), hommes et machines avançant ensemble et progressant mutuellement…

 

Biais cognitifs : 3 exemples éclairants : 

Parmi les très nombreux exemples de biais cognitifs connus et étudiés, citons-en trois parmi les plus simples et les plus fréquents, afin d’illustrer concrètement ce dont il est question…

  • Effet de halo : on appelle effet de halo la tendance naturelle à se fabriquer un jugement complet à partir d’une première impression, enfermant ainsi toute l’appréciation dans le « halo » du premier mouvement.
  • Biais de confirmation : biais classique, nous tendons naturellement à rechercher la preuve de nos hypothèses… bien plus qu’à les remettre en question ! Avec le risque ainsi de ne retenir que les données qui les confirment, et d’exclure ou de minorer les autres…
  • Effet du champion : Une histoire racontée par un champion emporte plus facilement notre adhésion que si elle est racontée par un inconnu. Dans de nombreux cas qui plus est… le « champion », c’est nous ! A trop croire à ses propres positions, on en vient ainsi à manquer d’esprit critique.

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