Collaboratif et digitalisation : faut-il se méfier des apparences ?

Collaboratif et digitalisation : faut-il se méfier des apparences ?

Les injonctions au travail collaboratif sont légion ! La formule « le tout est plus que la somme des parties » occupe largement les colonnes des revues RH et de management. Cependant, cet adage ne correspondrait-il pas à un mythe tant il est difficile de l’observer au quotidien ? Pourquoi ? Simplement parce que l’on oublie trop souvent que les interactions humaines ont cette particularité d’être indéterminées.

En effet, les situations de collaboration sont marquées par une incertitude fondamentale qui les rend fragiles. Alors qu’il nous parait évident de nous comprendre lorsque nous échangeons, la construction d’une compréhension partagée ne va pas de soi, c’est même plutôt un phénomène extrêmement complexe. Et se comprendre entre personnes collaborantes, sans nécessairement supposer d’être en accord ou en désaccord, est une base dont la dynamique passe vraisemblablement par des phases de construction – déconstruction – reconstruction de cette compréhension. En effet, le travail collaboratif serait constamment perturbé par les activités individuelles et recomposé par ces mêmes activités individuelles.

C’est pourquoi la collaboration recouvre un enjeu majeur pour la bonne marche des entreprises dont c’est souvent un mode d’organisation privilégié. Car, que ce soit pour l’efficacité, la créativité, les possibilités d’apprentissage en équipe, la collaboration est très souvent convoquée comme l’une des clefs du développement du travail en équipe.

Aujourd’hui, avec l’arrivée du numérique et le développement des solutions visant à améliorer la collaboration (type RSE ou autres), les entreprises se retrouvent face à un paradoxe : la nécessité de collaborer pour intégrer la solution numérique visant à faciliter la collaboration. Ce n’est donc peut-être pas tant les fonctionnalités des solutions sur lesquelles il faut se pencher en premier lieu mais sans doute davantage sur ce premier enjeu collaboratif. L’intégration d’une solution numérique collaborative devient alors un formidable vecteur de développement des réflexes collaboratifs pour l’amélioration du travail en équipe.

L’arrivée du numérique jette également les bases d’autres changements de pratique pour certains métiers. L’abaissement des coûts cherché par les entreprises ne peut qu’engendrer des changements dans les métiers du consulting. Et si le travail ne se faisait plus qu’à distance ? Et si les expertises étaient modélisées pour partie permettant au consultant de ne plus qu’effectuer des réglages fins, des ajustements afin de faciliter les changements dans l’entreprise ? Ne serions-nous pas à l’aube d’une hyperspécialisation du métier avec des conséquences comme l’individualisation massive du métier. Si les entreprises y gagnent, ce sont celles du conseil et du consulting qui risquent des problématiques de perte de sens pour les consultants. Seul un collectif fort peut contrebalancer ce type d’effet. De nombreux chercheurs sont aujourd’hui d’accord pour dire que les problématiques de sens surgissent quand les collectifs se meurent.

Ces deux problématiques liées à l’avènement du numérique et de la digitalisation ne sont donc pas inéluctablement porteuses de difficultés à venir si l’on passe par le développement de collectif et d’équipes de travail solides. Les enjeux de collaboration sont donc plus que jamais à l’ordre du jour et à l’agenda du développement de la digitalisation.

Arnaud Trenvouez, docteur en sciences et techniques des activités physiques et sportives, ingénieur de recherche au département R&D de PerformanSe.


Tribune publiée sur Exclusive RH le vendredi 22 janvier 2016

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