Recrutement : comment attirer les talents autrement ?

Recrutement : comment attirer les talents autrement ?

Le monde change, il change vite, et ce n’est que le tout début de changements essentiels… Yannick Roudaut, essayiste, conférencier, «décloisonneur intellectuel» en est persuadé. Il nous explique pourquoi, et esquisse avec nous les conséquences de ces changements majeurs pour les entreprises, leurs organisations et leur pratiques RH…

Pour vous, demain ne s’inscrira pas dans la continuité d’aujourd’hui ?

Non, en effet. Révolution numérique et enjeux climatiques dessinent ensemble les contours d’un monde totalement nouveau pour nous tous. Les enjeux climatiques vont nous obliger à produire et à consommer différemment, moins et mieux. Tandis que les outils numériques, qui facilitent désormais le partage et la circularité, ouvrent justement la porte à de nouveaux modèles, plus collaboratifs, et de nouvelles approches, plus sobres en ressources, dans lesquelles la propriété permanente de tout n’est plus une obligation…

 

Les entreprises ne peuvent donc pas faire comme si rien n’allait changer ?

Non, bien sûr, le modèle actuel de consommation et de production quantitative n’est simplement pas durable. Les ressources dont nous disposons sont par nature limitées et leur transformation est polluante. Tout est donc en place pour construire un nouveau modèle, dans lequel les entreprises doivent devenir clairement « contributives », au sens de leur contribution positive au patrimoine commun et pas seulement rentables et productives, comme encore aujourd’hui.

 

Et sur le plan RH, quelles seront pour vous les conséquences de ce changement de paradigme à venir ?

Pour être compétitives, donc innovantes, les entreprises auront plus que jamais besoin d’attirer et de fidéliser les talents susceptibles de les aider. Mais ces talents – et c’est déjà le cas aujourd’hui, ne nous y trompons pas – ont d’autres attentes que celles des générations encore au pouvoir. Ils ont envie de plus d’autonomie, de temps libre, de plus de sens, de mieux voir à quoi sert le travail qu’ils font et en quoi ils contribuent à réparer le vivant ou à améliorer le bien être global. Si ces
dimensions pour eux essentielles ne trouvent pas d’écho dans les organisations qui prétendent les employer, ils iront ailleurs, là où ils pourront exprimer sans attendre le meilleur de leurs aspirations.

 

Et sur le plan RH, quelles seront pour vous les conséquences de ce changement de paradigme à venir ?

Le modèle productiviste que nous connaissons bien demeure un modèle naturellement pyramidal. Le modèle de demain, nourri des outils numériques et de l’appétit d’horizontalité des jeunes générations, sera nécessairement plus « latéral » ou organique (une toile d’araignée). Ne serait-ce que pour pouvoir y accueillir justement tous les jeunes talents qui ont envie, et besoin, d’autonomie, de sens, de souplesse… Pourquoi irai-je dans ma voiture dès 7h du matin m’entasser dans des embouteillages pour passer 10 heures par jour dans un bureau à améliorer l’EBITDA d’une entreprise qui produit des biens contestables ? Alors que je pourrais travailler chez moi, mais connecté, me déplacer plus librement, et contribuer à rendre le monde meilleur ? Il y a là une évidence nouvelle qui ne saurait résister longtemps à la pression de générations qui ont grandi avec les enjeux climatiques, l’envie de créer du sens, de faire plus libre et de vivre mieux… tout de suite !

Ce qui est vrai en termes de production… l’est aussi en termes de consommation ?

Bien sûr ! Une entreprise n’est viable que si elle produit des biens ou des services que quelqu’un a envie d’acheter. Or, elle ne sera réellement attractive demain – pour les salariés comme pour les consommateurs – que si elle marque clairement sa différence et sa contribution positive. Pourquoi les jeunes d’aujourd’hui, plus conscients que jamais des enjeux climatiques et sociaux, consommeraient-ils durablement des produits dont ils mesurent eux parfaitement l’inutilité ? Plus l’entreprise entendra le mot bénéfice dans son sens étymologique (beneficio « qui fait du bien »), plus elle pourra trouver sa place dans un monde appelé à se renouveler radicalement. Tout l’enjeu sera ainsi de créer des modèles plus sains et plus contributifs.

En conclusion, quel conseil auriez-vous envie de donner à nos lecteurs ?

Cessons tous ensemble de croire que rien d’important ne va changer, et qu’on peut continuer de faire comme avant, dans le prolongement de nos habitudes passées… Si tout se passe bien, le monde de demain sera nécessairement plus frugal et plus solidaire, plus horizontal, plus ouvert. Et les entreprises de demain seront donc celles qui auront su en prendre la mesure et s’adapter. Les autres disparaîtront, faute d’utilité réelle. Pourquoi ne pas s’y préparer dès aujourd’hui, librement, positivement… sans attendre de ne plus avoir le choix ?

« Tout l’enjeu sera de développer
des modèles plus sains et
plus contributifs »

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