Théorie du Management : L’éternel retour ?

Théorie du Management : L’éternel retour ?

Même si chaque génération le redécouvre à son tour, manager au fond n’est pas un métier moderne ! Il y a longtemps que le monde en effet a besoin d’organiser des équipes et de les faire fonctionner au mieux, à commencer par l’Eglise et l’armée… Mais comment ont évolué les visions et les théories du mangement ?  Julien Lever, DGA de Julhiet-Sterwen, formé au management, comme en histoire, a pris le temps d’y regarder de plus près…

Qu’est-ce que nous apprend l’histoire du management ?

Quand on considère l’histoire des théories du management sur une longue période, on s’aperçoit qu’elle a toujours été parcourue par deux dimensions contradictoires : une dimension autoritaire, hiérarchique, organisée, froide, contrôlante, et une dimension plus souple, plus humaine, centrée plutôt sur des valeurs d’écoute et de compréhension. La première a bien sûr donné naissance au management vertical des grandes organisations historiques que sont l’armée et le clergé, mais aussi à toutes les théories de rationalisation de l’organisation du travail, dont Taylor est le chantre le plus connu. Mais la seconde n’est pas non plus l’apanage d’une réflexion contemporaine ! Quand on y regarde de plus près – et plus particulièrement les travaux de Thibault Le Texier – on s’aperçoit en effet que l’idée de « management » est apparue au XVIIIe siècle, en Angleterre, autour d’une idée de « care », de soin. Soin que l’épouse doit apporter à son foyer bien sûr, à ses enfants, à sa famille, à sa maison. Mais soin aussi que l’homme doit apporter en parallèle à sa ferme, à ses terres, à son bétail. Bien « manager » son exploitation, c’est ainsi prendre soin. De tous. Pour tous. Et c’est quelque part cette idée qui revient aujourd’hui, avec l’idée d’un manager « bienveillant », attentif à l’autre, doté de compétences en communication et en collaboration…

Le Taylorisme aura profondément marqué le XXe siècle malgré tout ?

Oui, et c’est aussi peut-être ce qui m’a le plus étonné quand j’ai préparé l’intervention pour le PerformanSe Day. De loin, on pourrait se dire en effet que le Taylorisme, c’est surtout le Fordisme, Les Temps Modernes de Chaplin, tout un univers industriel somme toute archaïque, clairement daté d’avant la seconde guerre mondiale. Mais, en fait, toute la réflexion par exemple sur le management par objectifs reste sur le fond une variante du Taylorisme. Plus subtil certes, plus financier, correspondant à des équipes plus matures et mieux formées, mais toujours fondé sur une division stricte du travail, une rationalisation maximum, un contrôle vertical etc. Une certaine vision de l’organisation et du « commandement » aura ainsi au final prévalu quasiment tout le XXe siècle, et jusqu’à aujourd’hui…

Avec le retour de l’attention à soi et à l’autre comme valeur et comme compétence en management, c’est ainsi comme une boucle qui se bouclerait ?

Comme si le temps était moins linéaire que cyclique en effet… ce que nos amis chinois ont toujours pensé ! Ou comme si le « juste management » était fait d’un optimum entre les deux dimensions (organisation / autonomie, contrôle / soin) que chacun à son tour tente d’établir au mieux, à partir d’une dimension ou de l’autre…

La nécessaire agilité face à l’incertitude, si prônée aujourd’hui, n’est pas une idée si moderne non plus ?

En effet… Quand on prend un peu de recul temporel, on s’aperçoit que l’idée d’agilité face à l’incertitude était déjà en germe au début des années 70, par exemple, au moment du second choc pétrolier. Parce que les idées vraiment importantes ne sont jamais nouvelles au fond. Et peut-être aussi parce que nous n’avions pas pu ou pas su intégrer à l’époque les leçons de cette première remise en question de notre modèle de croissance, tel qu’élaboré après la seconde guerre mondiale… pas une idée si moderne non plus ?

« Quand on prend un peu de recul temporel, on s’aperçoit que l’idée d’agilité face à l’incertitude était déjà en germe au début des années 70 par exemple. »

Partner, Directeur Général Adjoint, Julhiet-Sterwen

Plus généralement, quels enseignements positifs pouvons-nous tirer d’un regard plus « historique » sur le management ?

Les théories du management donnent souvent l’impression d’avoir su inventer une « nouvelle » façon importante de penser les choses, alors qu’on se contente en réalité très souvent de re-présenter, de re-marketer des idées anciennes, parfois même très anciennes. Or, l’important n’est ni la mode, ni le marketing, mais de réussir à penser les situations de façon juste. Enseignants, conseils, dirigeants ou managers, notre job en effet est de contribuer à féconder une réalité vivante de la façon la plus positive possible. Et d’aider chacun à la vivre au mieux. Parce qu’on ne manage bien une équipe que si on sait prendre soin de soi aussi.

A ce titre, l’avènement de l’intelligence artificielle pourrait obliger positivement le management à se recentrer sur l’humain. Prendre soin, de soi en tant que manager comme de ses collaborateurs, tel est l’enjeu du XXIème siècle.

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